06 mai 2018

20/ Dictionnaire des Yokai

Petite plongée dans le monde des Yôkai, sorte de fantômes, créatures effrayantes ou séduisantes, divinités locales... Elles regroupent des créatures variées, des traditions populaires japonaises.
Je les ai d'abord rencontrés dans le manga "Non Non Bâ", du même auteur, Shigeru Mizuki, qui les a collectés au travers de ses voyages puis illustrés.
Ce fut un travail de longue haleine et les voici regroupés dans un dictionnaire, rangés par ordre alphabétique.


















KIJO

"Un jour, se rendant de Shinano (l'actuel département de Nagano) à la capitale, un voyageur perdit son chemin aux alentours de Kiso. La nuit était tombée, il errait partout. Au bout d'un moment, il trouva une maison dans la montagne. Rassuré, il s'approcha afin de demander un toit pour la nuit. Seule dans la maison, une femme d'une cinquantaine d'années était en train de mijoter quelque chose sur l'irori, l'âtre central. Elle sortit l'accueillir et lui dit d'un ton familier:
-   C'est tout petit chez moi, mais tu peux rester cette nuit... si tu veux. Elle continua à s'occuper du feu. La marmite dégageait une odeur appétissante. N'en pouvant plus, le voyageur demanda:
Je n'ai rien mangé de toute la journée, j'ai très faim. Serait-il possible de goûter à votre plat ? La femme sourit sans répondre. Le voyageur insista:
que mijotez-vous ? Pourriez-vous m'en donner un peu ? 
- Ce n'est pas pour les humains, répondit la vieille d'un air agacé, mon mari va rentrer, c'est pour lui. Son visage était maintenant méconnaissable: une figure atroce, avec les yeux brillants grands ouverts et la bouche déchirée jusqu'aux oreilles. C'était Kijo, autrement dit l'"ogresse". Et dans la casserole, c'étaient des têtes, des mains et des pieds humains qui mijotaient. Le voyageur se jeta dehors et s'enfuit sans se retourner, jusqu'à ce que le souffle lui manque. Il entra dans un petit temple et il resta accroupi, n'osant pas respirer. Kijo arriva bientôt à sa poursuite. Elle le chercha partout, sans succès. De dépit, elle poussa un cri horrible, proféra toutes sortes d'insultes puis disparut dans un courant d'air. Le voyageur, enfin rassuré et heureux d'être encore en vie, reprit son chemin vers la capitale."


Ce dictionnaire peut aussi être considéré comme un réservoir de noms à donner à son chien ou sa chienne... Shôki (petit ogre), Onna (femme), Ôkami (loup), Satori (illumination)...

19/ La Daronne


Quel plaisir de rencontrer Patience Portefeux, loin du politiquement correcte! Quinqua fatiguée par son quotidien, elle va soudain prendre sa vie en main et là, ça devient un pur bonheur:

" Je me suis déshabillée et me suis plantée devant le miroir de la salle de bains pour retirer mes lentilles de contact mais, en me regardant, j'ai eu un choc en voyant le visage fermé qui me fixait (…). Qu'est-ce que j'allais devenir, moi qui n'avais ni retraite ni sécu. Je n'avais rien à part mes forces déclinantes. Pas le moindre sou de côté, mes maigres économies s'étant volatilisées dans l'agonie de ma mère aux Eoliades. Lorsque je n'aurais plus la force de travailler, je me voyais pourrir sans soin dans mon immeuble peuplé de Chinois qui m'empêcheraient de dormir avec leurs criailleries insupportables."
 Sa famille? veuve, un père pied noir et trafiquant, deux filles adultes, une mère juive placée en EHPAD.
Son travail?  elle traduit de l'arabe les écoutes téléphoniques de dealers pour le Ministère de la Justice. 

"J'avais, je l'avoue, pris tous ces jeunes en sympathie car ils n'avaient pas du tout le  profil habituel de la petite racaille immature et sociopathe à laquelle je m'étais habituée."
Il y a la ligne "biz", comme "bizness", pour parler affaires avec les grossistes et la ligne "hallal", pour parler à la famille.

"Une chanson juive, confinant au ridicule tellement elle est juive, illustre très bien l'état d'esprit dans lequel je me trouvais:
Pleure pas, garde tes larmes, n'épuise pas tes réserves
la vie est une telle galère que tu risques d'en manquer
pour ce qui te reste à subir..." 

Et à propos du terrorisme:
"- Mais quand est-ce que tout ça va s'arrêter?
- Mais de quoi tu parles? il y a des choses bien plus préoccupantes dans le monde qu'une poignée de losers au cerveau infecté qui cherchent à avoir leur quart d'heure de gloire, tu ne crois pas? T'as qu'à te dire qu'ils ont juste inventé une nouvelle façon de mourir aussi aléatoire que le cancer ou les accidents de la route.
Les conversations avec moi deviennent très vite décourageantes.
"

 
 Je découvre Hannelore Cayre, avocat pénaliste, et sa plume efficace comme un coup de poing, son regard incisif sur quelques "dysfonctionnements" de notre belle société sans en faire des caisses et c'est très drôle, enfin, très caustique. Encore une auteure que j'ai envie de retrouver!

autres livres:



  • Commis d'office, 2004, prix Polar derrière les murs 2005
  • Toiles de maître, 2005
  • Ground XO, 2007
  • Comme au cinéma - Petite fable judiciaire, 2012

04 mai 2018

18/ La Ballade de Gueule-Tranchée

Début:

"Le 3 décembre 2010, le vieux se cousit les lèvres avec du fil de pêche. Les douleurs et les palpitations étaient de retour. Ce jour-là, qui était aussi celui de son cent huitième anniversaire, le magazine Time envoya un journaliste chez lui à Warm Hollow, en Virginie-Occidentale. A cause de la réputation du vieux, et à cause de Pearl Thackery. Pearl Thackery avait été le doyen des citoyens de la Virginie-Occidentale et il était mort la semaine précédente, laissant le vieux, cet ancien inventeur, charmeur de serpents, cunnilinguiste, tireur d'élite, homme des bois, harmoniciste et journaliste, devenir le plus vieil Homo Sapiens vivant de tout l'Etat."

Voilà, tout est dit! Telle a été la longue vie d' Early Taggart que le narrateur va décliner en trois parties correspondant aux trois grandes périodes de la vie du héro, surnommé Gueule-Tranchée. Vie aventureuse qui avait très mal commencé puisque sa mère avait tenté de le noyer en guise de baptème à l'âge de deux mois. Heureusement, il est recueilli par Ona Dorsett, veuve sans enfant à elle, bouilleuse de crue en toute illégalité, qui sera toujours là pour lui, femme solide et efficace, aux théories sur la vie très justes et qui soutiendront Gueule-Tranchée au cours de ses nombreuses épreuves. 

Devenu une légende, il est la mémoire du XXe siècle. C'est une histoire populaire des Etats-Unis qui se déroule: celle des mineurs, du blues, des Noirs. On est loin des salons new-yorkais!

Rien de très original, ni par le style plutôt classique, ni par l'intrigue qu'on devine assez facilement et qu'on nous annonce dès le départ, mais on est embarqué par cette épopée et par ses personnages très attachants. L'auteur, on le sent, est du côté des laissés pour compte, ceux qui souffrent, malmenés par la vie, hantés par des actes qu'ils ont été obligés de commettre...  
J'imaginais que ce roman était l'oeuvre d'un auteur à l'âge déjà respectable, mais pas du tout, c'est le premier roman, paru en 2008 aux E.U., d'un professeur de littérature né en 1975! D'autres romans ont suivi, apparemment encore plus aboutis, sans les quelques longueurs qu'il y a dans ce livre, particulièrement dans la deuxième partie, mais que j'ai largement bien supportées.
A suivre donc...


29 avril 2018

17/ Les hommes salmonelle sur la planète Porno


Début:
"Le Dr Shimazaki, notre spécialiste en botanique et l’unique femme de ce groupe de recherches, est tombée enceinte. Rassemblez-vous immédiatement pour une réunion d’urgence" - tel fut le message de notre chef de groupe que vint m'apporter Yohachi, le chargé des travaux de maneuvre.
- Mlle Shimazaki est tombée enceinte, et alors? Pourquoi tenir une réunion pour ça? demandai-je à Yohachi en levant la tête de mon microscope.
- Qu'est-ce que j'en sais, moi?"

Le problème, c'est que sur la planète Nakamura, surnommée planète Porno par les scientifiques envoyés sur place, la faune et la flore ont pour fâcheuse habitude de forniquer à tout va. 
Le Dr Shimazaki est tombée enceinte après avoir inhalé les spores de l'engrosse-veuve, sorte de fougère. Seuls les habitants de la région Nunudie ont la solution au problème. Une expédition s'organise malgré un gros hic: les Terriens ne sont pas admis dans cette région!

C'est bien sûr un gros délire, surtout au sujet des créatures qui peuplent la planète. L'auteur a fait preuve d'une grande créativité quant à leurs noms:  les algues farfouilleuses, si vicieuses, le crocopile-à-l’heure, le tatami-popotames, l’alligator-pilleur,méduses-cul-en-l’air, les rouges-glands, les réveilles-bobonnes ... et j'en passe. Elles font des tas de choses à nos trois explorateurs qui tout au long de leur parcours dissertent sur des théories scientifiques sérieuses, (« la théorie de la dégénérescence »,  « le rétrocontrôle négatif » qui vont à l’encontre des théories de Darwin). Les tarentines-nourrices jouent un grand rôle dans la régulation des naissances...

Ces moments d'explications scientifiques sont un peu prise de tête pour moi, mais l'ensemble est vite lu et finalement on se marre, et c'est sans vulgarité!

28 avril 2018

16/ Envoyée spéciale


Cela commence comme "Le Bureau des Légendes" mais très vite on comprend qu'on en a là une version burlesque!

"Je veux une femme, a proféré le général. C'est une femme qu'il me faut, n'est-ce pas.
Vous n'êtes pas le seul dans ce cas, lui a souri Paul Objat. Epargnez-moi ces réflexions, Objat, s'est raidi le général, je ne plaisante pas là-dessus. Un peu de tenue, bon Dieu, Le sourire d'Objat s'est dissous: Je vous prie de m'excuser, mon général. N'en parlons plus, a dit le gradé, réfléchissons."

C'est Constance qui sera choisie pour cette mission, mais avant cela il faudra la rééduquer, donc la kidnapper! On en profitera pour demander une rançon à son riche mari, qui a connu la gloire grâce à un tube international. Et autour d'eux gravitent toute une tripotée de personnages qui, on va le découvrir peu à peu, sont tous reliés les uns aux autres, plus ou moins directement.

L'auteur tisse son intrigue et l'écriture est jubilatoire! Parodie de roman d'espionnage et d'aventures, avec des rebondissements, des meurtres, avec des gros bras... mais ces personnages rendus absurdes, voire benêts, Echenoz sait nous les rendre attachants... De temps en temps il s'adresse à nous:
"Nous ne prendrons pas la peine de décrire Pak Dong-bok: il ne va jouer qu'un rôle mineur et nous n'avons pas que ça à faire."

En plus, ce roman est instructif:
 On y apprend que le syndrome de la Creuse serait la fusion entre le syndrome de Stockholm (quand les captifs sympathisent avec leurs ravisseurs) et le syndrome de Lima (quand les ravisseurs s'attachent aux séquestrés).
On y apprend également qu'une phéromone, qui "permet aux éléphantes de faire savoir aux éléphants qu'elles sont sexuellement en pleine forme, folles d'amour, vibrantes de désir et prêtes à s'accoupler quand on veut" "se trouve être exactement [la] même chez l'éléphant que chez plus d'une centaine d'espèces de papillons."

C'est le troisième roman de Jean Echenoz que je lis et je n'avais jamais perçu cette veine comique. J'ai adoré!

23 avril 2018

15/ Mon traître

Antoine, luthier parisien, rencontre l'Irlande en 1977. Grâce aux hommes et aux femmes qu'il rencontre, il va apprendre les gestes, les chants, les combats au point qu'il devient Tony pour ceux qui lui sont devenus proches: Cathy, Jim, Tyrone Meehan (le traître), Sheila, Jack..., si proche que parfois, il remplace le fils perdu, tué par les Anglais et vient en aide comme il peut aux combattants. Pour ses proches français, il devient insupportablement monomaniaque et n'est plus le bienvenu.
 Tyrone Meehan fait l'admiration de tous par son courage et sa droiture, il est l'un des piliers de l'IRA, et lorsque les Anglais révèle son nom parmi leurs informateurs, c'est une véritable bombe qui explose pour son entourage. Ils deviennent alors la femme, le fils, l'ami du traître.
Récit douloureux d'une trahison, qui n'apportera pas de réponse au pourquoi, que le narrateur refusera de poser. Comment ont-ils pu ignorer, ne déceler aucun signe de fausseté dans leurs relations? Peu importe les raisons, la douleur est dans les tripes et l'on sent qu'elle y est encore. Mais cela reste un chant d'amour pour l'Irlande et ses beautés (sa musique, sa Guinness, ses liens d'amitié).

"La première fois que j'ai vu mon traître, il m'a appris à pisser. C'était à Belfast, au Thomas Ashe, un club réservé aux anciens prisonniers républicains."

C'est une photo qui sera son premier contact avec l'Irlande:


 "Dans le couvercle, il avait collé la photo noir et blanc d'un homme en veste et en gilet, le front largement dégarni, les sourcils épais et la moustache lourde. L'homme semblait sourire. Il portait une chemise à col rond.
- Je vous présente James Connolly, a dit Pêr, en levant l'étui à hauteur de ses yeux.
- Un violoniste? j'ai demandé.
Pêr a ri. Il aurait pu, mais non. C'était un patriote irlandais. Il avait été fusillé en 1916 par les Britanniques après l'insurrection de Pâques. Il avait attaqué la grande poste de Dublin avec ses hommes pour en faire un quartier général. Et ça avait mal tourné."

Une autre figure deviendra l'emblême de la résistance au colon britannique et face à une Thatcher inflexible:

"Par ce jeûne à mort, les prisonniers républicains mettaient fin à cinq ans de "protestation des couvertures" et à une "grève de l'hygiène" pour rien.
Bobby Sands était l'officier de l'IRA commandant Long Kesh, condamné à cinq ans pour possession d'une arme. Il avait décidé de conduire le mouvement. Une semaine après, un autre le rejoindrait. Puis un troisième. Et puis un quatrième. Et un cinquième remplacerait le premier décédé. Et un sixième prendrait la place du deuxième martyr. La liste de volontaires établie à l'intérieur de la prison s'étalait en dizaines, puis en centaines de noms. Le visage souriant de Bobby Sands a rejoint la lettre "H" sur chaque brique de la ville."

 
Cette lettre "H" symbolisait la prison où étaient enfermés les républicains à cause de la forme des bâtiments, construits en "H":


Un film de Steve MAC QUEEN a retracé leur terrible agonie, Michael Fassbender interprétant le rôle de Bobby Sands. 


Après avoir été adapté au théâtre, c'est aujourd'hui en BD que Pierre Alary offre sa version de "Mon traître".


Antoine le luthier, c'est bien sûr Sorj Chalandon, alors journaliste à Libération. Le vrai traître se nomme Denis Donaldson. Il sera assassiné en avril 2006. Début 2018, un homme a été entendu à propos de ce crime, mais il a été relaxé. Le ou plutôt les responsables n'ont toujours pas été arrêtés.
Denis Donaldson

18 avril 2018

14/ Quand sort la recluse


Adamsberg est en Islande lorsqu'il reçoit ce message: "Femme écrasée. Un mari, un amant. Pas si simple. Présence souhaitée. Informations suivent." Pas très motivé, il rentre pourtant et résout l'affaire en deux temps trois mouvements. Une autre affaire attire vite son attention mais en sourdine parce que non officielle. En effet, ce génie de la déduction et des chemins de traverse qu'est Adamsberg va nous emmener sur les traces de l'araignée recluse, soupçonnée d'avoir tué trois hommes. Mais renseignements pris auprès d'un spécialiste, l'arachnologue, a noté Adamsberg dans son petit carnet, une recluse ne peut venir à bout d'un humain. Il en faudrait 144 pour réussir cet exploit...
Vargas nous entraîne à Nîmes, puis à Lourdes, d'un orphelinat à une friche; elle crée des liens improbables avec Magellan, convoque Socrate... On rencontre, comme souvent dans les livres de l'auteur, une petite vieille bien sympathique, amoureuse des recluses et des boules à neige; on retrouve avec plaisir, en plus de l'équipe habituelle parisienne, l'un des historiens d'un épisode précédent...

Très bon cru de Vargas, bien meilleur que le dernier! Je me suis régalée!


Voici la soi-disant coupable! J'ai vu des photos de morsures... comment dire ... je vais éviter de les intégrer à ce post! Beurk!

"Adamsberg prenait conscience que ce n'était pas une seule "proto-pensée" qui embrouillait son esprit mais toute une bade éparse de bulles gazeuses - et bien sûr que cela existait -, dont certaines si petites qu'on pouvait à peine les discerner. Il les sentait s'agiter dans des voies diverses et leurs trajectoires s'affoler. En prise à deux questions irrésolues - et il y en avait d'autres, de toute évidence -, les bulles n'avaient pas plus de chances de trouver un chemin qu'un homme qui louche. Ou que ce fameux type qui court deux lièvres à la fois - et on ne sait pas pourquoi, à moins d'être un crétin complet - , et les manque tous les deux."

11 avril 2018

BD6 Blacksad T.4 L'Enfer, le silence


Années 1950, La Nouvelle-Orléans, où la fête de Mardi gras bat son plein. Grâce à Weekly, un producteur de jazz dénommé Faust fait la connaissance de Blacksad. Faust demande à ce dernier de s'occuper d'une affaire : un de ses musiciens, le pianiste Sebastian, a disparu. Il n'a pas donné signe de vie depuis des mois, mettant en péril le label musical privé d'une star. Faust craint que Sebastian ait, une fois de trop, sombré dans la drogue. Sa requête est d'autant plus pressante que Faust se sait atteint d'un cancer. Blacksad accepte la mission et découvre peu à peu que Faust ne lui a pas tout dit. Il s'aperçoit qu'il est lui-même manipulé, mais décide tout de même de retrouver Sebastian pour comprendre les raisons de sa disparition. [bedetheque.com]

Ça résonne comme du blues, on est bien à La Nouvelle-Orléans. J'adore toujours autant le dessin (les images de Mardi Gras!!!) et l'intrigue est digne des grands polars, mêlant jazz, drogue et vaudou. Mais attention, le lecteur doit travailler, tout n'est pas dit!
 Je l'avais dans ma PAL depuis longtemps déjà, j'ai vraiment trop attendu, mais je vais pouvoir courir chez mon libraire préféré et m'acheter le t.5 pour la lire dans la foulée!





03 avril 2018

13/ Sélection officielle

Thierry Frémaux commence ce journal juste après la clôture du Festival de Cannes 2015, écrit chaque journée jusqu'à la clôture de 2016.
Une année entière pendant laquelle on l'accompagne dans ses voyages réguliers de Lyon à Paris, à travers le monde, partout où il y a du cinéma et des cinéphiles, en avion, en TGV, en vélo. Avec lui, nous avons rendez-vous avec les personnalités qui font le cinéma, soit en tant qu'artistes, des frères Lumières à Xavier Dolan en passant par Bertrand Tavernier, Martin Scorsese, Quentin Tarentino, Pablo Almodovar, ... impossible de les citer tous!, soit en tant qu'hommes d'affaires, producteurs (dont un certain Weinstein, à la "réputation sulfureuse" mais ça c'était avant...), distributeurs. Tous partagent la même passion: le 7e art. Les journalistes et critiques y ont leur place et même s'il souligne quelques désaccords avec eux parfois, il respecte et apprécie leur travail essentiel.
Entre devoir de conservation des oeuvres (malheureusement une partie des films anciens n'existent plus, le support étant perdus ou détruits par le temps!) et le partage et la diffusion des films nouveaux, avec la peur de passer à côté d'une pépite, son travail le passionne et devient sa vie.
Par ailleurs, Thierry Frémaux nous livre quelques réflexions sur des sujets divers, évoque ses autres passions ( l'OL, le vin, le Vercors, sa famille, discrètement), ses amitiés, partage quelques notes d'humour.
C'est un pavé, en voyant le volume j'ai eu un peu peur, mais je l'ai dévoré. J'ai vraiment apprécié la compagnie de cet homme sensible, modeste et passionné, ainsi que son écriture limpide et sincère.


Extraits: j'avais consciencieusement noter les pages où retrouver les passages à retenir dans mon téléphone mais comme tout a été réinitialisé, j'ai tout perdu! Difficile de parcourir en diagonal plus de 600 pages, dommage!

p.42: "Cela dit, sans Twitter et internet en général, l'humour de nos contemporains resterait méconnu et je dois aux réseaux sociaux quelques fous rires comme ce tweet de la dernière campagne présidentielle: "c'est tout de même dommage qu'Eva Green et Eva Joly ne puissent pas échanger leurs noms de famille."

p.551:"19h15.Le tapis rouge redevient le centre de l'univers. La Croisette est noire de monde. Woody et ses acteurs y arrivent sous de belles acclamations. La grande salle s'éteint. A Laurent Lafitte de jouer. Et... il joue mal. Non, je suis injuste, il fait un beau numéro de music-hall, il est élégant, le décor est splendide, il est bien filmé. Mais une plaisanterie ruine le reste du show: "Ces dernières années, dit-il en regardant Woody Allen, vous avez beaucoup tourné en Europe alors que vous n'êtes même pas condamné pour viol aux États-Unis." La salle, composée le soir de l'ouverture d'un public officiel, moyennement habitué à se taper sur les cuisses de rire, se glace."

 
Dramatique résonance aujourd’hui!







31 mars 2018

BD5 Une soeur

C'est l'été. La petite famille (Papa, Maman, Antoine, Titi) se rend dans sa maison de vacances. Pendant le trajet, la mère reçoit un coup de fil: Sylvie vient de perdre son bébé. Quelques cases plus loin, elle débarque avec sa fille Hélène, de trois ans plus âgée qu'Antoine.

Décidément, Bastien Vivès aime mettre en scène des personnages féminins. Même si le narrateur est le personnage principal, c'est grâce à Hélène qu'il s'ouvre à la sensualité. Ça sent le vécu et je ne serais pas étonnée d'apprendre que ce récit est en grande partie autobiographique!
Il s'en dégage une grande douceur et une tendresse sincère alliées à une sexualité débutante.

J'ai largement préféré cette BD à "Polina", les caractères sont plus marqués, les personnages existent vraiment donc on éprouve beaucoup plus d'empathie. Le petit frère est assez formidable.

B. Vivès & Casterman 2017

B. Vivès & Casterman 2017

22 mars 2018

BD4 Old Dog

Cette BD est un manhwa, autre mot pour désigner un manga mais coréen.
Un homme retourne dans la ville où habitaient ses parents. Il écrit l'histoire de sa famille et évoque la mort de son père, la maladie de sa mère, ses propres regrets et ses souvenirs…
Nostalgie de l'enfance, même pauvre, douceur des souvenirs, l'émotion est présente tout au long de cette BD. 
L'auteur alterne les scènes du présent dans un dégradé de gris et les scènes du passé en couleur. 




à suivre...
 

14 mars 2018

BD3 Odile et le crocodile

Odile B. est agressée mais la justice de 1984 ne lui accorde qu'un regard condescendant. La jeune victime se révolte et transforme sa douleur en plaisir de tuer.
Les crocodiles sont partout, elle a de quoi assouvir son instinct de prédatrice! A lire, mais aucun des personnages ne sort indemne de cette histoire, même la victime, devenue meurtrière, ne suscite aucune sympathie! Ambiance noire et glaciale...
C'est drôle de le découvrir aujourd'hui, à l'heure où la chasse aux crocodiles est officiellement ouverte et que l'écoute a évolué, un peu...

"Mes violeurs étaient d'une famille "respectable"... Le juge s'attendait à ce que je sois reconnaissante qu'ils aient daigné me violer..."

"Ce qui m'a étonné, c'est le plaisir que j'ai éprouvé en enfonçant le coupe-papier... J'ai compris que je ne l'avais suivi que pour le tuer... " 


10 mars 2018

BD2 Gérard cinq années dans les pattes de Depardieu

Mathieu Sapin n'en mène pas large lorsqu'il rencontre Gérard Depardieu. L'acteur a accepté qu'il fasse son portrait et l'aventure commence. La vie de la star mondiale n'est pas de tout repos! D'abord en Azerbaïdjan, puis en Russie, chez son ami Poutine. On retrouve le personnage flamboyant, généreux, amateur d'art, un peu fou, sensible, pas commode parfois, que l'on connait à travers ses films et les médias.
Mathieu Sapin réussit un portrait sincère, sans rien dévoiler de l'intimité de son sujet, riche (dans tous les sens du terme, d'ailleurs!), où se révèle peu à peu l'homme dans sa solitude, dans sa complexité, dans sa démesure. Les fêlures affleurent...
L'album est épais mais comment faire autrement avec un tel personnage?






12/ L'étoile jaune de l'inspecteur Sadorski

L'inspecteur Sadorski, surnommé Sado, n'est pas un héros classique. Il n'a rien pour plaire: antisémite, anticommuniste, pétainiste, libidineux il louche sur sa jeune voisine juive de 15 ans.
Mais tout n'est pas aussi simple, parce qu'il est capable de sauver deux femmes, juives, prêtes à être déportées. Et au moment où on le considère de manière plus positive parce que malgré tout il se révèle très humain, alors il se comporte de manière ignoble, profitant de sa position d'inspecteur, abusant de son pouvoir.
Ce roman très noir, qui se déroule sur quelques mois de 1942, pendant la période française la plus noire de son histoire: l'Occupation, s'appuie sur les archives de la police et décrit parfaitement la société française de l'époque et l'ambiance qui devait régner à Paris.  
Grand roman!

"Je rappelle que ces consignes sont pour les commissaires. C'est sous les ordres de ceux-ci que vous maintiendrez les arrestations ou que vous relaxerez les Juifs interpellés. Donc, messieurs, pas d'initiative, ni dans le sens de la clémence ni dans celui de la sévérité. Vous m'avez entendu, Magne? Nous sommes des fonctionnaires français, pas des SS. Il suffira d'obéir à la consigne de notre hiérarchie. C'est la mission de la police. La loi et l'ordre doivent être appliqués, nous en sommes les fidèles garants. La population de Paris a besoin que nous la protégions des indésirables, lesquels forment ce milieu corrupteur où prospère le terrorisme rouge..." (p.374)

"Il s'amuse à filocher les petits jeunes. Sans décider encore s'il tapera aux fafs, embarquera cette fille. Le Vél' d'Hiv' doit se remplir sérieusement à l'heure actuelle. Déambulant derrière eux, il jouit de son pouvoir. Léon Sadorski est leur destin. Celui de la youpine, en tout cas. Selon ce qu'il décidera, au gré du moment, de l'inspiration, il représente sa mort (peut-être) ou sa vie. Elle n'est pas attirante mais plutôt vulgaire, avec son allure quelconque, son sac en tricot multicolore, sa jupe bariolée, ses socquettes blanches. Ses souliers bon marché à "semelles flex" en lamelles de bois qui cliquettent. Une très jeune employée - du genre de celles qu'il a embarquées sur la plate-forme de l'autobus tout à l'heure devant leur atelier - probablement dans la confection, la fourrure. Une adolescente mal dégrossie. Qui a eu le culot pourtant de se séparer de son étoile!" (p.432)

02 mars 2018

BD1/ Polina

"Polina", c'est le parcours d'une danseuse très douée, vite repérée par un prestigieux mais difficile professeur.  Malheureusement, le personnage ne me touche pas vraiment. On la suit dans son travail, dans ses amours, etc. Ses réussites ne la rendent pas vraiment heureuse, cela manque de passion là où justement, la passion aide à supporter toutes les douleurs. Elle manque de charisme...
 En revanche, j'aime le trait, le style du dessin, donc à suivre.

 

01 mars 2018

11/ Être ici est une splendeur


"Écoutez la jeune épousée: "La pureté de la femme, c'est encore une de ces bêtises délicates! Qu'est-ce que cette idée contre nature?... Qu'est-ce que ces insanités? Et pourquoi nous élevez-vous d'une main jusqu'aux étoiles pour nous attirer de l'autre sur la terre? Ne pouvez-vous nous laisser cheminer sur cette terre, côte à côte avec l'homme? Il nous devient impossible de nous mouvoir avec sûreté au milieu de toute cette prose... Laissez-nous donc tranquilles, pour l'amour de Dieu, laissez-nous tranquilles!"

"Paula a laissé tomber la perspective. Elsbeth est à plat sur la plaine. Elle est haute exactement comme la digitale. Les poules sont devant son torse. L'herbe, le bois et le ciel font trois bandes de couleur. Les pieds sont dans les racines. Le visage incliné est un infini vers l'enfance. La robe explose de blancheur. Aucune ombre. Comment a fait Paula pour donner à ces petites joues, à ces petits bras, le relief doux et rond absent du reste de la toile? Elle a mis vingt-sept ans - elle a mis toute la vie."

"1902. Une jeune fille devant une fenêtre. Le visage est encadré de deux vases. Derrière, les arbres, et toujours la colline en triangle. Le visage est penché, le regard ailleurs, mélancolique et pensif.


Paula l'a peinte sur une plaque d'ardoise. De ce support singulier, il semble que la robe, les vases, les yeux, tirent un gris sombre. Le visage est fendu par une fine cassure. L'ardoise est fêlée. Le tableau est intransportable. Il m'est arrivé de retourner à Brême seulement pour le voir."


Très beau portrait d'une artiste oubliée, Paula M. Becker à l'aube du XXe siècle. Oubliée parce que femme? Parce que partie trop jeune des suites de son accouchement difficile? Libre et talentueuse, elle fut une femme très en avance sur son temps et on ne peut qu’approuver ses paroles ultimes "Dommage!", mais heureusement, il reste ses œuvres, même incomplètes et un musée à Brême qui porte son nom!
Musée Paula Modersohn Becker
Paula et Otto Modersohn, son mari


Ses amis: Clara Westhoff, sculptrice, et Rainer Maria Rilke, poète







Buste de Paula, réalisé par Clara
Heinrich VOGELER
"Vogeler lui consacra courageusement, en 1938, un article dans un magazine antinazi."