26 mai 2018

24/ Filles de la Mer


Sur l'île de Jeju, au sud de la Corée, Hana et sa petite soeur Emi appartiennent à la communauté haenyeo, au sein de laquelle ce sont les femmes qui font vivre leur famille en pêchant en apnée.
Mais en 1943, le danger est permanent: les jeunes femmes doivent se cacher des soldats japonais.
Un jour, Hana est enlevée pour devenir, très loin de sa famille, en Mandchourie, une femme de réconfort.
D'un côté, on suit la soeur aînée et sa terrible destinée en 1943, et de l'autre, en alternance, on suit la cadette, devenue une vieille dame en 2011, qui repense à sa vie, elle qui n'a pas été enlevée, mais qui n'a pas été épargnée par la guerre.

 Je n'arrivais pas à lâcher ma lecture, emportée par ces deux destins, ces femmes courageuses prises dans le tourbillon de l'histoire, celle de la seconde Guerre mondiale en Asie, et issues d'un peuple méprisé et exploité. Le Japon n'a toujours pas reconnu ouvertement ce crime de guerre et l'auteure ne sait pas si son roman sera traduit un jour en japonais...
Évidemment, il y a des scènes dures mais jamais gratuites ou pour le pathos.
 Une scène, celle avec un bœuf, est époustouflante, elle me restera particulièrement en mémoire. 

"Pour cette millième Manifestation du mercredi, nous avons organisé un événement spécial. Deux artistes ont créé pour cette occasion une statue de la Paix en mémoire des souffrances endurées par celles que l'on appelait les femmes de réconfort. Ce monument est dédié à toutes les filles et les femmes victimes d'esclavage sexuel militaire, qui ont perdu leur enfance, perdu leur famille, perdu leur santé et leur dignité et, pour un grand nombre d'entre elles que nous ne connaîtrons jamais, leur vie." (p. 216)



"Une jeune fille sans âge est assise sur une chaise au dossier droit.A côté d'elle se trouve une chaise vide, qui attend d'être occupée. La jeune fille porte l'habit traditionnel, le hanbok; ses pieds nus pendent juste au-dessus du sol. Quelqu'un a pris soin de la couvrir par ce temps d'hiver, avec un bonnet, une écharpe et un plaid." (p.383)






https://tour-monde.fr/carnet-de-voyage-5-jours-sur-lile-de-jeju-en-coree-du-sud/


23 mai 2018

23/ Code 93


Comme l'indique le titre, on est dans le 9-3, la Seine Saint-Denis, qui n'est pas la plus attrayante des banlieues parisiennes. On suit Victor Coste, capitaine expérimenté de police judiciaire: des cadavres, des trafiquants en tout genre et une hiérarchie compromise vont peupler cette intrigue haletante, réaliste et efficace. "Tu vois quand même que se profile une des affaires les plus merdiques de ma carrière?"
On s'invite également chez les rupins dont l'immoralité se monnaie en milliers d'euros, sans oublier les politiques et leur fâcheuse tendance à la manipulation...
C'est bien écrit, on est dans l'ambiance sans longueurs explicatives, ça sent le vécu, bien sûr, on souhaiterait même que ce soit une pure fiction, malheureusement, on se doute bien que tout est vrai et que la narration permet de dénoncer mais pas de régler les problèmes.
 Il nous raconte des univers qui se côtoient et se percutent, aborde de nombreux thèmes, les personnages sont bien campés.
Pour moi, c'est une très belle découverte et j'ai hâte de retrouver l'auteur dans ses autres romans. 

p. 306:
 "Les chiffres ne sont qu'une indication. Ils ne veulent rien dire. Demander un chiffre se faire l'évaluation d'un travail. La réponse changera en fonction de la personne à qui vous poser la question. Si vous le demandez à celui qui a effectué le travail, il sera poussé vers le haut. Si vous le demandez à ses détracteurs, il sera tiré vers le bas. Demander de chiffrer une activité c'est être assuré d'avoir une information déjà faussée. Les chiffres ne sont que des paillettes pour faire beau à la fin des rapports vides."

Ça, ça me parle!

20 mai 2018

BD7 Icare


Très enthousiasmée par le début: une femme accouche d'un enfant qui vole, celui-ci est bien évidemment récupéré par le gouvernement qui se livre à des expériences sur lui pendant 20 ans... les dessins de Taniguchi sont beaux, tout semblait parfait, avec des personnages forts, une intrigue qui avance vite...  Mais la fin!!!  totalement fleur bleue, et on se dit: tout ça pour ça?
La fin nous laisse un goût d'inachevé,  mais on sent aussi tout au long de l'histoire un manque, comme si on avait coupé des passages.

Puis, on lit l'interview de Moebius à la fin du livre, et on comprend ce qui ne va pas: le scénario était bien plus complet, plus subversif, beaucoup plus long,  et on ne peut que regretter ce que cela aurait pu être!









A refaire!!!

19 mai 2018

22/ Speed Fiction


Je connaissais cette maison d'édition de vue mais je n'avais lu aucune de ses publications et c'est en écoutant "Le Rouquin Bouquine", un "booktubeur", qui semble avoir disparu des radars, hélas!, que j'ai appris qu'elle avait mis la clé sous la porte au bout de seulement 4 ans d'existence, malheureusement. Ma médiathèque en ayant une douzaine, j'ai donc essayé un des livres de 13E NOTE EDITIONS, dont voici le cahier des charges:

"AUTEURS EXTRÊMES SOUS HAUTE TENSION

Farouchement indépendants, nous publions depuis nos débuts au printemps 2009 de la littérature anglo-saxonne et latino.
Les points clés de notre ligne éditoriale n'ont pas varié: autobiographie, aventures, voyages, dépassement de soi, l'odyssée humaine sous toutes ses formes.
Le rythme de nos publications est d'une quinzaine d'ouvrages par an.
Jazz, blues, country, rock, punk, on trouve l'écho de ces musiques chez nos auteurs, gueules cassées couturées de références néo-beat ou pistoleros se réclamant de leur seule passion d'écrire.
Nous les défendons avec enthousiasme grâce à nos amis libraires, partenaires indispensables à la mise en valeur de notre travail.
Si 13e Note est notre raison sociale, partager avec vous cette littérature est notre raison d'être."

L'auteur nous parle essentiellement des effets du speed et autres substances illicites, sans concession, sans tabou, lui-même en ayant été consommateur.
On est dans sa tête d'accro, dans ses pensées, on voit à travers ses yeux ceux qui l'entourent et on écoute leurs délires. Et c'est sans doute l'écriture qui lui a sauvé sa peau, une écriture coup de poing.

S'il fallait lui associer une musique, ce serait un punk destroy!

p.15: "Un jour, tu as traversé la moitié de l'Utah à cent cinquante à l'heure sur une autoroute déserte, en manoeuvrant le volant depuis le siège passager parce que l'Indien qui t'avait pris en stop, un Cherokee de cent cinquante kilos, venait de faire un infarctus après avoir sniffé un truc. Incapable de le déplacer d'un iota, tu as tenu la barre jusqu'à ce que son Impala tombe enfin en panne sèche sur l'I-15, non loin de Providence."

p.20: "Comme quand tu zones dehors à dix heures du mat et que le soleil crame au troisième degré ce T-shirt en latex qui ne te rappelle rien. Et qui - tu t'en rends compte après avoir passéune demi-journée à l'arracher en lambeaux - n'est autre que ton épiderme."

p.67: " Faut-il s'étonner que la meth "maison" distillée au fond des baignoires te bousille l'odorat ? Si ton nez fonctionnait toujours, tu aurais la gerbe à cause du pot-pourri de miasmes humains, mais surtout des souris crevées sous le canapé. Les petits rongeurs non avertis mangeaient les miettes de speed tombées au sol. Après quoi, ils se tapaient des pointes de vitesse et des bouffées d'euphorie, puis succombaient à de mini-crises cardiaques. Certains soirs, tu les entendais. Tu reconnaissais le couinement funeste. Alors tu imaginais Mickey Mouse se cramponnant à sa poitrine avant de rendre l'âme. (Cet enfoiré de Walt Disney n'était qu'une pourriture fasciste antisémite.) Au bout de deux ou trois jours, les fourmis engloutissaient leur plage et les petits mammifères décimés revêtaient un air de bébés prématurés tout desséchés. Alors, d'un coup de pied, tu les planquais sous le canapé."

p.96: "Et maintenant que l'Amérique est affaiblie ,... elle remplace pas des substances chimiques ce qu'elle est incapable de générer de manière naturelle.... Et puis, tu veux un chiffre sympa ? Trente-deux pour cent des écoliers et lycéens américains sont sous Adderall. Des apprentis speedomanes, comme c'est mignon ! Plus un rond pour leur instruction mais des tonnes pour qu'ils restent éveillés et débiles. Vive l'Amphétamérique !"




17 mai 2018

21/ La sonate à Bridgetower



Frederick de Augustus de Bridgetower arrive à Paris avec son fils George, jeune virtuose du violon. Le père veut faire connaître son fils de l'aristocratie parisienne, et, tel Mozart quelques années auparavant, les portes des théâtres vont s'ouvrir et la renommée du jeune musicien ne tarde pas à générer de grandes admirations. Réussite d'autant plus méritante que le père est noir et son fils mulâtre, ce qui à l'époque ne jouait pas forcément en leur faveur.
Mais l'aventure ne s'arrêtera pas là, parce que les Bridgetower se retrouvent à Paris en avril 1789, période plutôt trouble, et les événements vont les pousser à rejoindre une autre capitale européenne: Londres, puis le parcours s'achèvera à Vienne retour au pays natal de George.
L'auteur va leur faire rencontrer des personnages illustres : Olympe de Gouge, Condorcet, Jefferson (qui est à l'origine de la célèbre formule "Tous les hommes naissent libres et égaux", mais en excluait les Noirs, les Indiens et les femmes!), Saint-George et Alex Dumas, célèbres métis, et surtout Beethoven, extraordinaire, qui écrira une sonate à notre héros, mais...!
George Bridgetower, 1800
Chevalier de Saint-George
© DR Portrait du général Dumas (peinture d'Olivier Pichat datant de 1860), musée Alexandre Dumas, Villers-Cotterêts

De nombreux thèmes vont être abordés, dont bien sûr celui de l'esclavage, incontournable, et j'ai appris beaucoup de choses, comme par exemple, que les Irlandais ont été mis en esclavage et étaient moins bien traités que les esclaves noirs, c'est donc peu dire! Dongala nous explique pourquoi il y a si peu de Noirs au Maghreb et autres pays arabes (voir extrait ci-dessous).
Il nous présente une vision très réaliste sur ce Siècle des Lumières, qui d'un côté sera riche en idées, en innovations politiques, culturelles aussi bien que scientifiques et qui de l'autre laissera émerger une violence et des injustices sanglantes, étouffant dans l'oeuf des progrès qui seront retardés parfois de plus de cent ans!
Fusillade au faubourg Saint-Antoine, le 28 avril 1789, après le pillage de la maison et de la manufacture de Réveillon.
Les personnages ne sont pas tout beaux tout gentils, les caractères s'affrontent, il y a de nombreux rebondissements. Lecture très heureuse, qui m'a fait approcher des personnages historiques à fort tempérament et plonger dans des événements incroyables.

p.113:
"- Vois-tu, ces esclavagistes-là ne raisonnent pas comme ceux que ton père a connu dans les Caraïbes. Pour ces derniers, que les esclaves se reproduisent est souhaité et même encouragé car essentiel pour leur prospérité. C'est comme avoir du cheptel; plus il se multiplie, plus le propriétaire devient riche. Cette logique économique n'existe pas chez les négriers arabo-musulmans, obnubilés qu'ils sont par la crainte de voir ces Noirs prendre souche et avoir des relations sexuelles avec les femmes des harems dont ils sont les gardiens et les serviteurs.Il fallait donc en faire des eunuques, c'est-à-dire les castrer. Pire encore, comme eux-mêmes ne se privaient pas de violer les femmes noires, les enfants qui en résultaient étaient systématiquement éliminés! 
[...]
Pose-toi la question, mon cher Frederick, comment expliques-tu aujourd'hui la présence d'une population noire aussi nombreuses dans les Amériques alors que dans les sultanats et les califats, malgré la masse innombrable qui y a été importée, ce n'est pas le cas? Où sont passés tous ces Noirs qui ont traversé la mer Rouge en direction de la péninsule Arabique, entassés dans des boutres dans les conditions les plus atroces? Crois-tu qu'ils ont tout simplement disparu comme ça dans un immense trou noir? Non! C'est le résultat de ces pratiques ignominieuses. Castration et infanticide!"

06 mai 2018

20/ Dictionnaire des Yokai

Petite plongée dans le monde des Yôkai, sorte de fantômes, créatures effrayantes ou séduisantes, divinités locales... Elles regroupent des créatures variées, des traditions populaires japonaises.
Je les ai d'abord rencontrés dans le manga "Non Non Bâ", du même auteur, Shigeru Mizuki, qui les a collectés au travers de ses voyages puis illustrés.
Ce fut un travail de longue haleine et les voici regroupés dans un dictionnaire, rangés par ordre alphabétique.


















KIJO

"Un jour, se rendant de Shinano (l'actuel département de Nagano) à la capitale, un voyageur perdit son chemin aux alentours de Kiso. La nuit était tombée, il errait partout. Au bout d'un moment, il trouva une maison dans la montagne. Rassuré, il s'approcha afin de demander un toit pour la nuit. Seule dans la maison, une femme d'une cinquantaine d'années était en train de mijoter quelque chose sur l'irori, l'âtre central. Elle sortit l'accueillir et lui dit d'un ton familier:
-   C'est tout petit chez moi, mais tu peux rester cette nuit... si tu veux. Elle continua à s'occuper du feu. La marmite dégageait une odeur appétissante. N'en pouvant plus, le voyageur demanda:
Je n'ai rien mangé de toute la journée, j'ai très faim. Serait-il possible de goûter à votre plat ? La femme sourit sans répondre. Le voyageur insista:
que mijotez-vous ? Pourriez-vous m'en donner un peu ? 
- Ce n'est pas pour les humains, répondit la vieille d'un air agacé, mon mari va rentrer, c'est pour lui. Son visage était maintenant méconnaissable: une figure atroce, avec les yeux brillants grands ouverts et la bouche déchirée jusqu'aux oreilles. C'était Kijo, autrement dit l'"ogresse". Et dans la casserole, c'étaient des têtes, des mains et des pieds humains qui mijotaient. Le voyageur se jeta dehors et s'enfuit sans se retourner, jusqu'à ce que le souffle lui manque. Il entra dans un petit temple et il resta accroupi, n'osant pas respirer. Kijo arriva bientôt à sa poursuite. Elle le chercha partout, sans succès. De dépit, elle poussa un cri horrible, proféra toutes sortes d'insultes puis disparut dans un courant d'air. Le voyageur, enfin rassuré et heureux d'être encore en vie, reprit son chemin vers la capitale."


Ce dictionnaire peut aussi être considéré comme un réservoir de noms à donner à son chien ou sa chienne... Shôki (petit ogre), Onna (femme), Ôkami (loup), Satori (illumination)...

19/ La Daronne


Quel plaisir de rencontrer Patience Portefeux, loin du politiquement correcte! Quinqua fatiguée par son quotidien, elle va soudain prendre sa vie en main et là, ça devient un pur bonheur:

" Je me suis déshabillée et me suis plantée devant le miroir de la salle de bains pour retirer mes lentilles de contact mais, en me regardant, j'ai eu un choc en voyant le visage fermé qui me fixait (…). Qu'est-ce que j'allais devenir, moi qui n'avais ni retraite ni sécu. Je n'avais rien à part mes forces déclinantes. Pas le moindre sou de côté, mes maigres économies s'étant volatilisées dans l'agonie de ma mère aux Eoliades. Lorsque je n'aurais plus la force de travailler, je me voyais pourrir sans soin dans mon immeuble peuplé de Chinois qui m'empêcheraient de dormir avec leurs criailleries insupportables."
 Sa famille? veuve, un père pied noir et trafiquant, deux filles adultes, une mère juive placée en EHPAD.
Son travail?  elle traduit de l'arabe les écoutes téléphoniques de dealers pour le Ministère de la Justice. 

"J'avais, je l'avoue, pris tous ces jeunes en sympathie car ils n'avaient pas du tout le  profil habituel de la petite racaille immature et sociopathe à laquelle je m'étais habituée."
Il y a la ligne "biz", comme "bizness", pour parler affaires avec les grossistes et la ligne "hallal", pour parler à la famille.

"Une chanson juive, confinant au ridicule tellement elle est juive, illustre très bien l'état d'esprit dans lequel je me trouvais:
Pleure pas, garde tes larmes, n'épuise pas tes réserves
la vie est une telle galère que tu risques d'en manquer
pour ce qui te reste à subir..." 

Et à propos du terrorisme:
"- Mais quand est-ce que tout ça va s'arrêter?
- Mais de quoi tu parles? il y a des choses bien plus préoccupantes dans le monde qu'une poignée de losers au cerveau infecté qui cherchent à avoir leur quart d'heure de gloire, tu ne crois pas? T'as qu'à te dire qu'ils ont juste inventé une nouvelle façon de mourir aussi aléatoire que le cancer ou les accidents de la route.
Les conversations avec moi deviennent très vite décourageantes.
"

 
 Je découvre Hannelore Cayre, avocat pénaliste, et sa plume efficace comme un coup de poing, son regard incisif sur quelques "dysfonctionnements" de notre belle société sans en faire des caisses et c'est très drôle, enfin, très caustique. Encore une auteure que j'ai envie de retrouver!

autres livres:



  • Commis d'office, 2004, prix Polar derrière les murs 2005
  • Toiles de maître, 2005
  • Ground XO, 2007
  • Comme au cinéma - Petite fable judiciaire, 2012

04 mai 2018

18/ La Ballade de Gueule-Tranchée

Début:

"Le 3 décembre 2010, le vieux se cousit les lèvres avec du fil de pêche. Les douleurs et les palpitations étaient de retour. Ce jour-là, qui était aussi celui de son cent huitième anniversaire, le magazine Time envoya un journaliste chez lui à Warm Hollow, en Virginie-Occidentale. A cause de la réputation du vieux, et à cause de Pearl Thackery. Pearl Thackery avait été le doyen des citoyens de la Virginie-Occidentale et il était mort la semaine précédente, laissant le vieux, cet ancien inventeur, charmeur de serpents, cunnilinguiste, tireur d'élite, homme des bois, harmoniciste et journaliste, devenir le plus vieil Homo Sapiens vivant de tout l'Etat."

Voilà, tout est dit! Telle a été la longue vie d' Early Taggart que le narrateur va décliner en trois parties correspondant aux trois grandes périodes de la vie du héro, surnommé Gueule-Tranchée. Vie aventureuse qui avait très mal commencé puisque sa mère avait tenté de le noyer en guise de baptème à l'âge de deux mois. Heureusement, il est recueilli par Ona Dorsett, veuve sans enfant à elle, bouilleuse de crue en toute illégalité, qui sera toujours là pour lui, femme solide et efficace, aux théories sur la vie très justes et qui soutiendront Gueule-Tranchée au cours de ses nombreuses épreuves. 

Devenu une légende, il est la mémoire du XXe siècle. C'est une histoire populaire des Etats-Unis qui se déroule: celle des mineurs, du blues, des Noirs. On est loin des salons new-yorkais!

Rien de très original, ni par le style plutôt classique, ni par l'intrigue qu'on devine assez facilement et qu'on nous annonce dès le départ, mais on est embarqué par cette épopée et par ses personnages très attachants. L'auteur, on le sent, est du côté des laissés pour compte, ceux qui souffrent, malmenés par la vie, hantés par des actes qu'ils ont été obligés de commettre...  
J'imaginais que ce roman était l'oeuvre d'un auteur à l'âge déjà respectable, mais pas du tout, c'est le premier roman, paru en 2008 aux E.U., d'un professeur de littérature né en 1975! D'autres romans ont suivi, apparemment encore plus aboutis, sans les quelques longueurs qu'il y a dans ce livre, particulièrement dans la deuxième partie, mais que j'ai largement bien supportées.
A suivre donc...