06 avril 2019

Pile à lire d'AVRIL

Quelques soirées à des spectacles variés et deux weekends bien occupés ne m'ont pas permis de lire tout ce que j'avais prévu. Je viens d'entamer le dernier de la pile de mars qui s'ajoutera à celle du mois d'avril. Avec deux semaines de vacances, ce devrait être possible, entre jardin, ménage de printemps et autres imprévus, on ne sait jamais!



 Un magnifique pavé de chez Monsieur Toussaint Louverture (j'adore!)
 Au moins la première partie de:
 Et je continue ma route des vins, tranquillement, sans abus!






02 avril 2019

17/ Le Milieu de la nuit




Recueil de poèmes préfacé par Francis Couvreux et illustré par Yvette Cathiard. "Ils partagèrent de grandes émotions, les musées, les homards et la même adresse pendant quatorze ans."
Bernard DIMEY est né en 31 à Nogent en Haute-Marne "où son père faisait des ciseaux et sa mère coupait les cheveux."
Il n'est jamais trop tard, mais c'est seulement aujourd'hui que je découvre ce poète, régional de l'étape! Bien sûr, j'ai toujours entendu parler, sans y être jamais allée, du festival Bernard Dimey dont l'édition 2019 a lieu très bientôt: du 6 au 11 mai.

Le recueil s'ouvre sur le célèbre "Syracuse", chanté par Henri Salvador, finit à Paris, ses poèmes nous parlent de voyages, de bistrot, d'alcool, de Montmartre, des clodos, des paumés, d'amour, de mal de vivre et de mort. Chanté par les plus grands artistes français de son vivant (Reggiani, Montand, Mouloudji, Ferrat...), il est populaire dans le bon sens du terme. A découvrir!

LES VIEILLARDS

Les vieillards c’est pas beau, ça fout rien, ça fait d’l’ombre,
Qu’on les fout’ n’importe où c’est moche et ça encombre,
Les faire bosser macach’, c’est immoral comme tout,
Ça vous f’rait mal juger, montrer du doigt partout.

Alors on garde ça, juste un p’tit peu d’patience,
On les coll’ dans un coin où ça s’remarque pas,
C’est sage et ça dit rien, on sait pas c’que ça pense,
L’ plus triste c’est qu’ça bouffe et qu’ ça n’rapporte pas.

Quand j’rassembl’ les souv’nirs que j’ai de ma grand-mère,
Pauv’ femm’ qui finissait ses jours en déconnant,
Je m’rappell’ c’que ma mèr’ lui braillait si souvent :
« Tu n ’sais plus fair’ qu’un’ chos’, ramasser la poussière ! »

La viocqu’ répondait rien, ell’ rigolait tout’ seule
En mordillant ses ch’veux qu’ell’ ram’nait par devant,
Et mon pèr’ bougonnait, songeur en la r’gardant :
« Non content’ de m’fair’ suer, faut qu’ell’ s’fout’ de ma gueule. »

Et plus qu’ils sont toquards, plus qu’ils ont la vie dure,
En buter quelques-uns, pas question, y a des lois.
J’ai essayé un jour d’en s’mer un dans un bois,
Peau d’balle, essayez donc, ils vous r’vienn’nt en voiture



Les Huit Péchés Capitaux - Bernard DIMEY - 3. LA GOURMANDISE

TOUT
Tout ce qui se boit, se déguste, se mange, se caresse
La beauté même des fruits des femmes, des pêches, des homards
et le parfum musical d'un Bourgogne épanoui
qui fait d'une minute un univers de joie

TOUT
Tout ce par quoi le palais se réveille, se réchauffe, palpite et se rendort
Je visiterai des jardins aux odeurs de vanille où les lèvres des filles
auront la fraîcheur des premières cerises
Je veux que l'esturgeon laisse éclater
les fruits de son ventre sur ma table
et que j'y plonge un groin de sanglier content

TOUT
le sexe ouvert des effarouchés du sérail
et je suis Haroun Al Raschid
Mille et une nuits c'est bien peu
pour assouvir ma faim ma soif
l'éblouissement de mes yeux
L'ivresse
Mon cher amour l'ivresse
et le désir de mordre
à pleines dents
l'instant qui passe
Les parfums les saveurs
la floraison de tout
LA VIE



 ROI DE RIEN

Je ne suis roi de rien, je règne sur le vent,
Sur des chemins perdus, sur des sables mouvants,
Sur d’anciens châteaux-forts et sur des cathédrales
englouties.
Je suis roi d’un soleil qui se meurt comme il peut,
J’ai l’air d’un vieux volcan refroidi peu à peu,
Je crois que ma parade à grands coups de cymbales
est finie.
Je ne suis roi de rien, ma couronne est en bois,
C’est scandaleux bien-sûr, c’est de mauvais aloi,
Je ne suis rien roi de rien mais je suis roi quand même
car je t’aime.
Alors le monde entier peut s’écrouler d’un coup,
J’ai le droit d’être pauvre et le droit d’être fou.
Je suis esclave et roi, je n’ai pas de problèmes
si tu m’aimes.
Je ne suis roi de rien que de mon avenir,
Qui n’est déjà plus rien qu’un désastre à venir,
Et l’intérieur de moi n’est plus qu’un paysage
en délire,
Je ne suis roi de rien, je suis comme un enfant
Qui reconstruit le monde en écoutant le vent.
Il ne me reste plus, je crois, que le courage
de te dire
que je t’aime
Je ne suis roi de rien mais je suis roi quand même
si tu m’aimes
encore un peu …


 

16 mars 2019

14/ Le Secret du docteur Barry

J'aurais bien aimé ne pas connaître ce fameux secret avant de commencer le roman, "inspiré d'une histoire vraie", même si on peut vite le deviner et s'il est rapidement explicité autour de la page 60, mais pour cela il ne faudrait pas écouter les chroniques de ceux qui le présentent ni lire les avis ni la 4e de couv!!! Difficile donc!

De par ce secret que le personnage doit dissimuler s'il veut mener à bien la mission qu'il s'est donnée, c'est à dire devenir un grand chirurgien, il se forge une personnalité hors du commun, se créant peu d'amis et beaucoup d'ennemis dans la "bonne société":
"Je me suis fait un point d'honneur de passer le reste de mon existence à être la voix de ceux qui n'en avaient pas."

Engagé dans l'armée comme médecin militaire, on le suit en Afrique du Sud, dans les Antilles, à Malte, au Canada. Partout où il passe, il va tout faire, contre vents et marées, pour améliorer les conditions d'hygiène et donc de santé, des simples soldats d'abord et de la population locale, très souvent ignorée et méprisée, pour endiguer les épidémies diverses, grâce à son audace et sa maîtrise de la médecine moderne du XIXe siècle, dans des contrées quasi sauvages, très éloignées de Londres où il a fait ses études.

Passionnante épopée sociale, historique, géographique, il y a malgré tout quelques longueurs dans le style et dans l'intrigue, il me manque aussi une plus grande réalité de terrain, plus proche des déshérités à qui ce flamboyant personnage s'est dévoué, pour moins s'attarder à ses relations avec la hiérarchie, qui au fil des épisodes, sont un peu répétitives.

Il n'empêche qu'au bout du compte, c'est une bonne lecture.


08 mars 2019

Le cinéma pour la bonne cause

 Allociné: Alexandre vit à Lyon avec sa femme et ses enfants. Un jour, il découvre par hasard que le prêtre qui a abusé de lui aux scouts officie toujours auprès d’enfants. Il se lance alors dans un combat, très vite rejoint par François et Emmanuel, également victimes du prêtre, pour « libérer leur parole » sur ce qu’ils ont subi.

Je suis d'accord avec toutes les appréciations retranscrites sur l'affiche.

le 07/03/2019:
La justice condamne le cardinal Barbarin. 

Allociné: Abusée par son père depuis son jeune âge, elle décide de prendre la parole. Ces quelques mots prononcés à la télévision, devant des millions de téléspectateurs, provoquent un séisme auprès des autorités politiques. Face à elle c’est tout un pays qui se lève. Déterminée à faire valoir ses droits, elle saisit la justice pour se défendre et faire reconnaitre son statut de victime. Comment porter plainte et être entendue ? Ce film [documentaire] coup de poing livre au jour le jour le combat d’une femme d’exception.

En plus, il est magnifiquement filmé!
 Présenté le 8 mars, journée de la Femme, par Amnesty à Cinéquai.

06 mars 2019

12/ Jusque-là tout allait bien en Amérique

Envoyé aux États-Unis par Le Nouvel Observateur, Jean-Paul Dubois en fait le portrait à travers des récits inspirés par les personnes et les faits qu'il rencontre. Ces chroniques ont été écrites entre 1 996 et 2001, année fatidique.

On y découvre une collection de situations loufoques, graves voire tragiques et des personnalités ingénieuses, poétiques, folles, dangereuses, tyranniques. On y retrouve les différentes problématiques de ce pays: l'ambiance post-attentats, le pays où tout est possible, les Indiens, les prisons, le racisme, la peine de mort, la religion, les Mormons, Las Vegas...

C'est magnifiquement écrit, chaque texte est passionnant. L'auteur avait édité un premier recueil de ses textes écrits dans les années 90. Je suis curieuse de le lire!

A Salt Lake City, un gang de Mormons signent ses méfaits de XXX qui rappelle le KKK du Klan: "brigade halluciné prête à tout pour combattre la caféine, le tabac, l'alcool, la drogue l'avortement, l'homosexualité, la sexualité avant le mariage et la sexualité tout court dès l'instant qu'elle ne s'aplique pas à la reproduction."

Dans le désert de Mojave, une cabine téléphonique se dresse au milieu de nulle part: elle est encore fonctionnelle! Les gens se relaient spécialement pour répondre aux appels venus du monde entier.  
001 760 733 9969


Qui veut essayer? 

Une nouvelle monnaie: les "Ithaca hours", créée par Paul Glover et valable uniquement dans la ville d'Ithaca. Magnifique initiative économique, écologique et humaine. C'est possible!



 
 

02 mars 2019

Pile à lire de MARS






J'ai commencé "Les Gouttes de Dieu" et j'ai bien accroché! Il ne me reste plus qu'à lire les 43 autres volumes! Par chance, ma médiathèque a la collection entière.




Orchestre National de Metz

Comme tous les ans, Les 3 Scènes fait venir cet orchestre avec un petit changement: David Reiland a été nommé à la tête de l’Orchestre national de Lorraine et succède à Jacques Mercier, qui occupait ce poste depuis 15 ans.

David Reiland, © DR
 Au programme de la soirée:

JOHN ADAMS, "Short ride in a fast machine" (1986): 4 minutes pleines d'énergie! Excellente découverte!



IGOR STRAVINSKI, "L'Oiseau de feu".

extrait: "La danse infernale de Katchei"


01 mars 2019

Les Amoureux de Shakespeare



 "Le Songe d'une nuit d'été" revu et corrigé par la troupe "Les Mauvais élèves" dans une mise en scène évidemment déjantée de Shirley et Dino.
C'est une des pièces les plus réjouissantes de Shakespeare. Je l'avais vue, ouh!!! il y a un certain nombre d'année, en plein air dans le Cirque de Gavarnie: magique! 
Cette version modernisée accentue l'humour déjà présent et y introduit des chansons des Beattles, des Kinks, des Troggs: en VO et en français, et déjà, c'est très drôle!
Le spectacle s'ouvre sur un décor... absent, et là, on s'inquiète un peu. Mais très vite, on oublie ce vide et voit la forêt.
Excellente soirée!!!

© Fanchon Bilbille

© Marc Chatelard

© Marc Chatelard





21 février 2019

9/ Noir (3)

"Le XVIIe siècle est un grand siècle noir, tant sur le plan social et religieux que sur le plan moral et symbolique. Jamais, probablement, les populations européennes n'ont été aussi malheureuses. Devant des comportements barbares, des formes d'intolérance archaïques, des crimes ou des fléaux épouvantables, le langage populaire d'aujourd'hui emploie parfois l'expression: "on se croirait revenu au Moyen Âge". Il a tort, et les historiens le savent bien: c'est "on se croirait revenu au VIIe siècle" qu'il faudrait dire plus justement."
 Hans Baldung Grien, Les sorcières - vers1525. Louvre.
Les chasses aux sorcières commencées au 16e siècle se poursuivent et le sabbat "semble obséder l'Europe entière dans les années 1600."

Découvertes en physique:


Isaac Newton (1642-1727) découvre le spectre et ses 7 couleurs, le noir est alors exclu de la notion même de couleur. Du coup, il disparait également en grande partie de la vie quotidienne et artistique pendant le siècle des Lumières, essentiellement sur la période allant de 1720 à 1780.
 François Boucher. Portrait de la Marquise de Pompadour, 1756




Fragonard. La Liseuse, 1770-72
 C'est une explosion de couleurs et de nuances. "Certaines restent à la mode plusieurs années, d'autres quelques mois seulement. Ainsi l'étonnante nuance de brun-jaune appelée fort poétiquement "caca-dauphin", très en vogue dans les dernières semaines de l'année 1751 pour fêter, à la cour puis à la ville, la naissance du premier petit-fils de Louis XV, Louis de France, duc de Bourgogne, mort en 1761. Cette nuance [...]passait depuis le Moyen Âge pour la plus laide qui puisse se voir. L'inventivité et la frivolité des Lumières lui donnèrent pourtant quelques semaines de gloire au milieu du XVIIIe siècle."

 On assiste à l'émergence du vert et du bleu, à la mode dans le romantisme. Novalis (1772-1801), ouvre son roman inachevé Heinrich von Ofterdingen "par le récit d'un rêve, celui du ménestrel Heinrich: il se voit traverser des paysages merveilleux et découvrir auprès d'une source une étrange fleur bleue qui laisse entrevoir entre ses pétales le visage d'une jeune femme. A son réveil, Heinrich décide de partir à la recherche de cette fleur et de retrouver la femme entrevue. Cette quête, celle de l'union du rêve et de la réalité, constitue le principal objectif du romantisme allemand."
L'expression "être fleur bleue" viendrait-elle de là? Michel Pastoureau ne le précise pas...

Retour du noir:
 XIXe siècle.
Particulièrement dans la littérature avec les romans gothiques puis fantastiques. C'est la mode de l'ésotérisme et du spiritisme.
Le vêtement noir retrouve élégance et modernité.


Edward Burne-Jones, Sidonia von Bork, 1860. Londres, the Tate Gallery

Il convient mieux à la morale protestante. On entre dans le monde des usines et du charbon.

Lewis Wickes Hine (1874-1940). Child coal miners - drivers and mules. 1908. Bibliothèque du Congrès, Prints and Photographs Division, E-U.

la Ford T. 1908.
 "Fondateur de la firme automobile portant son nom, Henry Ford (1863-1947), puritain soucieux d'éthique en tous domaines, n'a pendant longtemps jamais voulu vendre des voitures autres que noires, alors que le public réclamait des véhicules plus colorés et que ses concurrents en proposaient."

Naissance de la photo, puissance de la presse, puis arrivée du cinéma: supériorité était donnée au noir et blanc: le procédé Technicolor fut mis au point dès 1915.

          "L'Arroseur arrosé" de Louis Lumière ("Lumière, l'Aventure commence"). © Ad Vitam

"Ce qui retarda sa diffusion auprès du grand public fut certes dû à des raisons techniques et financières, mais probablement aussi, ici encore, à des raisons morales. [...] les images animées constituaient déjà une frivolité, voire une indécence; aller plus loin et proposer au public des images animées et en couleurs, cela aurait été véritablement obscène. " Incroyable aujourd'hui!

En peinture, le noir retrouve son titre de couleur :
Pierre Soulages:
Pierre Soulages, Peinture 324 x 362, 1985. Polyptyque C
Henri Michaux (1899-1984)
"A côté de son œuvre d'écrivain et de peintre [Henri Michaux] a développé une œuvre graphique originale où l'encre joue le rôle principal."

Dans la haute-couture:


Sonia Rykiel: "Le noir est une couleur indécente quand on la porte bien."

 Rebelle ou transgressif:

mai 68

le parti des Black Panthers

les motards

rockers